Quartett de Heiner Muller avec Isabelle Huppert
Le texte de Heiner Muller est cru et incisif. Brutale est la mise en scène de Wilson. Celui-ci fait le choix de plonger Merteuil et Valmont dans un univers onirique et inquiétant, à la manière d'un David Lynch. Pas de décor ou presque, la lumière habille l'espace ainsi que les illustrations sonores : coups de griffes et rugissements de Valmont le prédateur (en rouge). Merteuil est une vamp mais c'est aussi une ancienne vierge déchue, "La plus grande chute est celle qu'on fait du haut de l'innocence" avoue-t-elle à la fin de la pièce. Tous deux veulent séduire une jeune personne de l'autre sexe, personnages incarnés sur scène par un homme-alter ego de Valmont jeune et une jeune fille à grande tresse-la proie-alter ego de Merteuil jeune; Le 5ème personnage, un très vieux monsieur les nargue et ricane, il tue le jeune homme dès le début, c'est leur futur, la vieillesse solitaire et la mort.Ce qui est au départ pertubant, c'est que les longs monologues entre Merteuil et Valmont ne sont pas donnés à l'autre mais dits pour eux-mêmes tel un inventaire d'arguments avant la joute verbale et répétés obsessionnellement par Merteuil-Huppert, étonnante. A mi parcours, Merteuil se met dans la peau de Valmont (et vice versa) pour plus de cruauté et de délice.
Tout cela au service du texte dérangeant de Muller :"Ah l'esclavage des corps. Le tourment de vivre et de ne pas être Dieu. Avoir une conscience, et pas de pouvoir sur la matière."

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